Lundi 22 janvier 2007
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Nous avons quitté Villa la Angostura, beau village au bord du lac Nahuel Huapi au Nord de la Patagonie. Nous avons contemplé la nature qui nous entourait, nous avons partagé avec les gens du coin de bons moments et avons admiré une belle comète du nom de Mc-Naught, la plus brillante des 42 dernières années. Beaux couchers de soleil, ballades de 12 Km dans la nature et navigation en fin de journée sur le lac pour observer de près la faune et la flore s’apprêtant à tirer leurs couvertures. Nous avons quitté ce petit coin de paradis en parcourant la route des sept lacs, hélas très poussiéreuse car non pavée. Nous tirons notre chemin vers le Nord et nous arrêtons à San Martin de Los Andes. Encore une fois, nous nous retrouvons dans une « ville » peuplée et touristique. Nous fuyons ces endroits et les craignons maintenant. Nous atterrissons dans le seul hôtel libre de la ville, un hôtel sans charme à la décoration « internationale ». Où sont nos petits hôtels de Patagonie ? Nous passons la nuit là et décidons dès le lendemain à la vision du buffet petit-déjeuner de nous tirer dardar… Nous parcourons la ville à la recherche d’un petit hôtel à l’ambiance chaleureuse si caractéristique de cette région du bout du Monde, en vain. Nous nous dirigeons à la sortie de la ville, décidées à louer une « cabane » dans la nature. Nous trouvons enfin un lieu, nous déjeunons (à 16H30) sur place et reprenons notre chemin, ravies d’avoir trouvé, pour le lendemain, une crèche à notre goût. Sur la route, nous rencontrons un jeune couple, lui mexicain et pianiste de Tango, elle, tout simplement jeune et sympa. Ici, le stop est comme une religion et prenons très souvent dans notre automobile à essence de jeunes gens qui traversent le pays avec leur plus beau sourire. Lui, Dado, nous dit qu’il est pianiste dans l’un des restos les plus sympa de la ville « La Reserva » et qu’il sera sur place le soir même à 22H30. Nous décidons de le rejoindre dans cet endroit pour déguster sa musique et les bonnes viandes grillées à la cheminée. Nous sommes accueillies dans ce petit resto avec beaucoup de chaleur et rencontrons Martin, enfant de la région. Nous lui demandons des informations pour approcher les Mapuches de la vallée. Martin, avec sa plus belle plume, nous dessine sur un minuscule papier une route : « après le pont, tu prends à gauche, tu rencontreras les communautés Mapuches, tu prends à droite, tu verras les condors de la vallée ». Alors, nous décidons ce matin d’emprunter la route indiquée par Martin. Nous dépassons le pont et avons un doute quant à notre compréhension de l’itinéraire car, en face, plusieurs noms de réserves à l’accès interdit, à gauche la route qui mène à la frontière chilienne, à droite, aucune indication. Après étude de notre carte, nous nous apprêtons à prendre à gauche pour rentrer sur le territoire des Mapuches de la communauté Chiuquilihuin. Fabie, au volant, aperçoit dans le rétroviseur deux femmes et une petite fille sur le bord de la route. Nous décidons de reculer pour leur demander où elles vont. Nous sommes en plein désert, le vent glacial se lève et la petite fille semble fatiguée. Elles nous indiquent leur chemin, à l’opposé du nôtre, et, en une seconde, nous décidons de changer nos plans de la journée pour les accompagner. Nous voilà dans notre automobile à essence avec trois belles « Indiennes » Mapuches de la communauté Painefilu. Elles nous racontent qu’elles se rendent à une réunion à des kilomètres de là pour défendre leur droit à la conservation et au développement de leur culture. Le drame de cette communauté de Mapuches est que les politiques ont la main mise sur l’éducation, et la religion catholique qui n’est pas la leur, est enseignée à l’école de leurs enfants. Ces Mapuches ont été dépouillés de leur terre et demandent seulement à conserver leur langue, leurs traditions et leur culture. Ils luttent pour que leurs enfants n’entendent pas d’autres prières que celles de leurs ancêtres et veulent conserver leurs croyances et identités. Ils croient à l’autre terre, celle que nous appelons le ciel car pour eux, il y a deux terres, celle d’en bas et celle d’en haut. Ces deux belles « Indiennes » parcourent avec nous des kilomètres jusqu’à cette fameuse réunion - à laquelle nous sommes d’ailleurs chaleureusement invitées – hélas terminée depuis un quart d’heure. Elles nous disent qu’elles doivent se rendre chez le chef de la tribu encore plus loin. Nous n’hésitons pas un instant à les accompagner et nous voilà à l’entrée « barricadée » de la communauté. Nous montrons pattes blanches et l’une d’elles explique que nous sommes des amies et que nous les accompagnons pour voir le chef Miguel Roberto Huenuquir. Elles descendent de la voiture et nous leur expliquons que nous avons toute la vie devant nous et que nous pouvons les attendre là. Une tempête de poussière se lève et attendons… attendons... Au bout d’une heure, nous retrouvons nos Mapuches que nous décidons de ramener chez elles. La plus jeune, Sandra Painefilu nous invite dans sa maison familiale à boire le mate (infusion d’herbes). Nous arrivons dans cette grande famille où la grand-mère nous accueille avec son plus beau sourire, où les enfants nous regardent d’un air curieux, où les plus grands dépècent le mouton qui sera cuit ce soir, où les plus jeunes construisent un four en terre séchée. La maman de Sandra nous prépare sur le poêle à bois une eau chaude, nous partageons cette infusion en faisant tourner la calebasse (tasse) et buvons tous à la même bombilla (sorte de paille) en argent. Les uns nous montrent les belles fourrures pendues de renard et de biche, les autres nous adressent des regards timides et tous nous embrassent à notre arrivée et à notre départ. Nous quittons en fin de journée cette jolie famille, nous partons avec l’adresse de Sandra qui vit à Buenos Aires car nous ne pourrons jamais écrire à sa maman, pas d’adresse postale dans ce désert et pas d’électricité. Nous avons vécu là un grand moment de notre vie et cela nous aura encore permis de nous dire : « c’est bien sur le bord de la route du Monde que l’on rencontre les vraies gens ».
Bisouxxxxx à nos Français préférés
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